Selon Frédéric Bizard, économiste, enseignant à Science Po Paris et auteur de l’ouvrage Politique de santé : Réussir le changement (Éditions Dunod), la recertification doit favoriser l’équité entre médecins formés en France et médecins formés à l’étranger.

Le recours aux médecins formés à l’étranger pose-t-il un problème de qualité des soins ?

Bien entendu. Si certains pays ont un niveau de formation initiale équivalent à celui de la France, c’est loin d’être le cas partout ailleurs ! Et si le recours aux médecins formés à l’étranger n’a pas encore eu d’impact sur la qualité du système de santé en général, c’est que leur part est longtemps resté très minoritaire. Mais aujourd’hui, 25% des médecins qui s’inscrivent au Conseil de l’Ordre à la fin de leurs études ont un diplôme étranger.

 

D’où l’intérêt grandissant d’un dispositif de recertification ?

C’est ce qui a été mis en place au Royaume-Uni, où la part des médecins formés à l’étranger est de 33%, et je pense que c’est la voie à suivre. Néanmoins, la mise en place d’un système équivalent en France doit être réalisée de manière à être bien vécue par les médecins. Il doit notamment rétablir une forme d’équité entre les médecins qui ont fait des études extrêmement sélectives, et les autres. Si le système est bien fait, un médecin qui a reçu une bonne formation initiale et qui continue de se former ne devrait avoir aucun mal à être recertifié.

 

Quelles autres mesures devraient être prises ?

Il faut commencer par agir au niveau de l’Union Européenne. Car s’il existe en Europe une équivalence des diplômes, en revanche il n’existe pas d’équivalence des niveaux de formation. Les pays d’Europe de l’Est, comme la Roumanie, ont clairement un travail de rattrapage à mener… Pour ce qui est des personnes qui ont fait leurs études de médecine en dehors de l’Union Européenne, et qui viennent de les terminer, on pourrait par exemple leur demander de repasser par l’internat en France, afin d’avoir une période d’acclimatation, et éventuellement de mise à niveau.

 

Comment expliquer l’augmentation du nombre de médecins formés à l’étranger ?

Le recours aux médecins formés à l’étranger s’est développé en ambulatoire avec le phénomène de la désertification médicale. Des communes se sont mis à recruter des médecins à l’étranger, en leur offrant d’ailleurs des conditions d’installation exceptionnelles, mais des problèmes d’adaptation et de qualité des soins sont rapidement apparus. Et beaucoup de ces médecins repartent à l’étranger au bout de quelques mois.

 

Alors comment enrayer ce phénomène de désertification ?

La première chose à faire est de rendre leur attractivité aux territoires. Mais nous pourrions également faire évoluer nos structures médicales. Par exemple, nous pourrions créer des centres ambulatoires universitaires dédiés à la formation des généralistes, bien sûr, mais aussi des médecins dont la spécialité est à forte dominante ambulatoire. Aujourd’hui, ils sont presque exclusivement formés à l’hôpital, ce qui ne les prépare pas à la réalité de leur métier et ne favorise pas les liens sociaux. Supprimer la liberté des médecins de s’installer où bon leur semble serait une erreur, mais le passage des internes concernés dans ce type de structures pourrait être rendu obligatoire, ce qui permettrait d’apporter des ressources humaines là où elles font défaut.