Pour « H », Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, détaille le projet de « recertification périodique » des médecins.

En quoi consiste le dispositif de « recertification périodique » proposé par le Conseil de l’Ordre ?

Il ne s’agit pas de redélivrer un diplôme : nous n’allons pas demander à 220.000 médecins de repasser par l’université ! Il s’agit au contraire de reconnaître leur activité professionnelle. Tous les six ans, les collèges nationaux de spécialité analyseraient les éléments de parcours versés à un dossier électronique individuel (répartition de l’activité, actions de formation, publications etc.), puis émettraient un avis de recertification ou de non-recertification qui devrait être validé par le Conseil de l’Ordre. En cas de non-recertification, un programme de remise à niveau permettrait au médecin d’acquérir les connaissances et lescompétences manquantes.

Et si le médecin refuse ce programme de remise à niveau ?

La question de la sanction, parmi d’autres, devra être tranchée par le débat. Par ailleurs, ce cas de figure ne concernerait vraisemblablement que très peu de médecins, car les médecins, dans leur immense majorité, sont déjà engagés dans une démarche d’entretien de leurs connaissances et de leurs compétences. Et la sanction de l’insuffisance professionnelle existe, elle ne serait pas introduite par le dispositif de recertification périodique.

Pourquoi avoir choisi une périodicité de six ans ?

Cela correspond à deux périodicités du Développement Professionnel Continu (DPC), qui oblige les médecins à suivre un programme de formation continue triennal. Or le DPC peut être un outil de la recertification, en faisant par exemple partie des éléments versés au dossier électronique individuel qui sera étudié par les collèges nationaux de spécialité et l’Université.

Justement, qu’apporte la « recertification périodique » par rapport au DPC ?

Premièrement, le DPC n’a aucun impact sur la carrière des médecins, tandis que notre objectif est bel et bien d’inscrire la question de l’évaluation des compétences dans une démarche de valorisation du parcours professionnel. À chaque recertification correspondrait en effet une accélération de ce parcours. Pour les médecins hospitaliers, par exemple, une recertification entraînerait une amélioration au niveau statutaire. Deuxièmement, notre dispositif permet une plus grande transparence et une meilleure visibilité pour le patient. Dans une société moderne, celui-ci est en droit de connaître le parcours, les activités et le niveau de compétence du professionnel auquel il s’adresse.

Pourquoi relancer le débat sur l’évaluation des compétences médicales aujourd’hui ?

Mais parce que la profession est aujourd’hui prête pour ce débat ! Selon notre sondage, 55% des médecins estiment que la recertification doit être un objectif. Et si nous, les professionnels de la santé, nous ne nous emparons pas de cette question, l’administration le fera à notre place. Or nous ne voulons pas qu’elle puisse nous dire des choses comme : “Vous deviez faire 400 mammographies cette année, vous en avez fait 399, vous ne pouvez pas être recertifié”.

Interview : Camille Hamet pour « H »